4ème de couverture :
Ce qui fait la force des nouvelles de Colette Klein ce n’est pas tant la noirceur de leurs thèmes où la mort est omniprésente que, par contraste, l’aspiration à une lumière si blanche qu’elle fait basculer d’un monde à un autre. Les nombreuses échappées dans l’imaginaire favorisent les débordements insolites où le temps, qui cesse d’être linéaire, emporte le lecteur vers la découverte de sentiments inconnus.
Livre à commander aux Éditions de l’Œil du sphinx ou en librairie
à propos de ce livre,
ARTICLES
de Fabienne Leloup
https://louvedandy.org/2023/02/je-est-un-monstre-de-colette-klein/
de Rémi, “Le Crocodile” :
http://lettreducrocodile.over-blog.net/
de Dominique Zinenberg paru en ligne dans Francopolis :
http://www.francopolis.net/revues/D.Zinenberg-C.Klein-MaiJuin2023.html
de Murielle COMPÈRE-DEMARCY
paru chez Rebelle(s) en décembre 2025.
Si la peinture de Colette KLEIN, dans l’effusion même de ses couleurs, semble toujours s’arracher à l’ombre —émerger d’une nuit où vibrent encore les secousses d’une mémoire enfouie — son écriture prolonge cette tension. Dans les toiles comme dans ces nouvelles, quelque chose veille : une lave ancienne, des spectres de l’Histoire, des figures ou créatures issues de nos mythologies intimes. Ce que l’artiste fait affleurer sur la toile, l’écrivaine le saisit par l’incandescence de ses mots, crachant tout autant le feu que le baume entre noir et blanc — comme si ces énergies créatrices se répondaient d’un miroir à l’autre.
La première de couverture en porte déjà la trace : une vision incandescente, presque radiographique, d’un monde invisible dont les textes prolongent la pulsation. Ici, les mots brûlent autant qu’ils apaisent ; la langue oscille entre noir et blanc, dans une tension obstinée vers la lumière.
Car ces nouvelles semblent toujours vouloir franchir un seuil ; déplaçant les frontières du visible, défiant la temporalité, traversant la nuit pour ouvrir des passages, des échappées possibles. Elles portent en elles une insistance presque physique à inventer un ailleurs, à rouvrir une liberté perdue.
Entre suggestion et révélation, “JE est un monstre” déroule ainsi un éventail d’histoires où s’entrevoit la possibilité d’une île – peut-être vivable, peut-être à reconstruire – dont l’écho revient vers nous comme une promesse, ou, dans une quête, comme la poursuite d’une question : comment la lumière pourrait-elle s’effacer ?
Venir à la lumière malgré la nuit est bien l’ancrage récurrent à partir duquel la poète, romancière, nouvelliste, comédienne et artiste-peintre ouvre un horizon augmenté, nous entraînant dans l’univers dense et souverain de ses paysages imaginaires portés par l’énergie sombre mais insurgée de ses images.
Écrire une nouvelle relève d’un défi : comment en effet, en peu de pages, ouvrir un monde, en capter la respiration, tout en donnant au lecteur l’impression d’entrer dans une vie entière ? Là où le roman déploie, la nouvelle condense ; elle concentre une densité d’univers en quelques gestes, quelques images, quelques voix, et doit pourtant trouver sa chute — ce point d’embrasement où tout bascule, parfois en une seule phrase. C’est dans cette brièveté même que s’éprouve l’intensité, et que se loge, peut-être, l’inattendu. Et que parvient à s’expanser l’univers créatif de Colette KLEIN.
L’exergue de Charles Juliet rappelle que le désespoir continu, loin de conduire à l’épuisement, ouvre paradoxalement à une forme d’apaisement — à une unité intérieure. Les nouvelles de Colette Klein semblent précisément sonder cette zone fragile où, dans un paradoxe fertile, l’obscur touche à la lumière ; où le trouble devient passage ; où l’on ne sombre pas mais s’éclaire d’une lucidité insurgée. La nuit, traversée jusqu’au bout, peut s’ouvrir sur une clarté tenace.
Emaillées de traits autobiographiques dont la force tient moins à la confidence qu’à l’expérience vécue, ces nouvelles déclinent des thèmes récurrents de l’œuvre de Colette KLEIN : l’absurdité de l’existence, l’absence d’être, les visions, la solitude et ses vertiges, la folie, la vieillesse, le deuil, la tentation du suicide, la mort, mais aussi la persévérance du regard face au tragique du monde, jusqu’aux signes mystérieux que l’écriture peut révéler lorsqu’elle s’ouvre à un langage universel. Autant de motifs qui peuvent brusquement se déborder eux-mêmes, lorsque la lumière — trop blanche peut-être — tombe sur les limbes extra-lucides des simulacres.
La solitude des personnages pousse alors les portes synesthésiques de l’invisible : un livre se met à se déchiffrer, un passage s’ouvre vers l’inconnu, et c’est l’univers singulier de Colette KLEIN qui se dessine, à la fois intérieur et transfiguré.
(…) Une absence d’être persistait à le dévorer, de l’intérieur, l’abandonnant au vide.
Une seule pensée s’imposa à lui, qu’il enfouit aussitôt : « les morts se nourrissent – ils des vivants ? »
Ici, une pierre dressée, là, une croix, un fragment de vent, une empreinte dans la terre : autant de signes à l’invisible, participant d’une liturgie du monde et déplaçant l’œil vers un domaine plus poreux que la matière — un passage, peut-être.
Le télescopage des temporalités qui traverse les personnages défait la chronologie, condensant une vie entière dans l’instant d’une présence, et ne cesse d’ouvrir des fenêtres dans ce recueil. Le JE devenu monstre — à lui-même autant qu’à la marge du monde — fait vaciller les miroirs, ceux qui, « le matin, ne se réveillent jamais tout à fait », laissant persister un entre-deux nébuleux où les apparences se redessinent. Ainsi exposée à ses propres Jeux de lumière, l’écriture trouble le focus, brouille les évidences, traverse la couleur des êtres et des choses jusqu’à devenir, elle aussi, lumière — « comme la sève et le sang ».
De page en page, le lecteur se sent porté, comme s’il gravissait les hautes marches d’un invisible escalier. Au château de Pierrefonds, l’escalier imaginé par Viollet-le-Duc ne mène nulle part ; chez Colette KLEIN, le JE, projeté dans son monstre, réussit paradoxalement à conduire la littérature vers cet ailleurs : un escalier sans fin, ou plutôt un seuil ouvert sur l’invisible de l’infini, vers l’inconnu qui nous regarde.
© Murielle COMPÈRE-DEMARCY (MCDem.) 10/12/2025
de Claire Boitel, paru dans la revue Phoenix n° 40 :
Dans ce recueil de 21 nouvelles, Colette Klein décline les genres de fantastique, jusqu’à en inventer de nouveaux ! Dans « Le Train », situation banale s’il en est : un homme monte dans un train, le quotidien est vu par le prisme d’une surréalité, il ne se passerait rien mais monte comme un brouillard de l’esprit une brume étrange… Une atmosphère jamais éprouvée, jamais vue, tel un personnage, s’installe sur le siège, et ne décolle pas. Cette atmosphère bizarre, c’est le temps.
Dans ces nouvelles, l’espace même est touché par cette temporalité étrange, puisqu’on a affaire à un espace hors du temps, un monde parallèle qui n’en a pas moins une influence fatale sur les personnages. Ce monde parallèle s’implante partout comme une ombre dont aucun soleil ne peut venir à bout, tapi dans des zones apparemment bien délimitées, connues voire touristiques comme la Chaise-Dieu et son abbaye ou la tour Solidor de Saint-Malo. À partir de situations que tout le monde est plus ou moins amené à vivre, notamment les familles qui visitent, qui voyagent, les innocents touristes, Colette Klein dit : Stop !
Stop ! Vous n’avancerez pas plus loin sans vous poser les questions existentielles, les interrogations magiques !
Une grande solitude hante les personnages, même quand ils ne sont pas seuls, solitude qui fait loupe et verre déformant comme la « poussière de verre » que reçoit dans l’œil le petit Kay au début du fameux conte La Reine des neiges d’Hans Christian Andersen, éclat du mal qui tache la vision du monde mais aussi éclat de l’extraordinaire puisqu’il est à l’origine d’une histoire fantastique.
Rien de tel que la solitude pour voir et entendre en soi et autour de soi ce qui sans exister fait peur, et ensuite, par l’écriture, extérioriser ses condamnations intérieures et leur donner la chair de personnages.
« La fluidité de ses visions accentuait le vide, le transformait en réceptacle, en miroir. Les êtres qu’il avait connus défilèrent devant lui. Ils faisaient signe de la main et s’effaçaient d’eux-mêmes, gommés par une présence d’une autre nature. Une buée l’entoura qui devint souffle. »
Colette Klein est aussi peintre, et peintre qui parvient à réunir abstraction et fantastique : on croit voir émerger dans ses tableaux des silhouettes, des châteaux, des vues d’un enfer rouge ou d’un abysse bleu mais en sommes-nous certains et comment ces dentelles tracées au couteau deviennent-elles motif intérieur, vision ? Ainsi dote-t-elle son livre d’une illustration de couverture énigmatique — apocalypse de corps s’envolant d’un roc ?
Aveu de Michel Capmal :
J’ai été, et suis toujours sous l’effet de cette lecture. J’ai admiré. Admiré les ambiances, les idées mises en scène, ce fantastique quasi métaphysique, ce rapport entre logos et éros plus précisément pour Lumière qui commence par une phrase on ne peut plus banale : « La fête battait son plein ». Puis se précise par celle-ci : « L’alcool, au lieu de l’égarer, le rendait à lui-même. » Là, je commence à me reconnaître, au moins pour une période pas si lointaine. Puis, ensuite : « Son sang, contre ses tempes, cherchait une issue, remuait avec fracas des couteaux et des éclats de verre. ». Superbe ! « Elle se laissa ravir, détruire en pleine jouissance, convulsivement. » Sade n’a pas dit mieux. « Le temps était ailleurs… L’immense blancheur…Il marcha, avec en lui, Jeanne et son amour… avec en lui, des fibres, des nerfs bâtis en cathédrale… Il comprit simplement qu’il était déjà mort et… Une énergie… » C’est réussi ! Impeccable. Je crois avoir, moi aussi, vécu ce genre d’expérience, mais sans tuer qui que ce soit, enfin j’espère. Et je suis toujours vivant, enfin, il me semble. Et cette nouvelle m’a fait souvenir d’une nouvelle de Diane de Margerie. La similitude consiste surtout dans l’histoire d’une vieille dame qui traversant sa rue est renversée par un véhicule, et c’est à la toute fin d’une série de situations qui lui paraissent toujours plus bizarres, – sa maison lorsqu’elle revient de faire ses courses es occupée depuis longtemps semble-t-il par une famille inconnue – qu’elle « réalise » qu’elle est morte.
En tous les cas tes « histoires » sont impressionnantes. J’ai retrouvé en en lisant quelques-unes l’angoisse ressentie un nuit, vers 65, en lisant « La ruelle ténébreuse » de Jean Ray.
Article de Jean AYACHE paru dans la revue Diérèse n° 87 :
Extrait :
L’étrange et le surnaturel sont présents dans la plupart des nouvelles, ainsi le narrateur de “Ici et ailleurs” qui connaît un sort inattendu dans une église. Cette présence peut être positive : dans “Abonnés absents” le narrateur appelle sans se lasser la femme aimée qui vient de mourir. Je ne révélerai pas la chute, mais il est vrai que l’esprit, le désir peut nier la mort. On est dans le fantastique avec une double interprétation possible, rationnelle ou surnaturelle. La nouvelle, que pour ma part je préfère, m’en rappelle une autre, célèbre, de Villiers de L’Isle Adam, “Véra” : la jeune femme disparue de manière subite, et regrettée passionnément par son mari, se manifeste à travers un signe, la clé du caveau qui tombe soudain du lit.
Les chutes, fortes, le style, incisif et vif, à l’image des situations, retiennent le lecteur.
Un recueil attachant, qui personnellement me convainc que la nouvelle, genre majeur, ne se porte pas si mal qu’on le dit ici et là.